Le fil conducteur de ce site est le commentaire du nom de notre asbl: Prévention, Recherche et Formation : Emprise et Résilience. Cela commence par le mot «prévention», un concept qui vient de la médecine, qui la décompose en quatre niveaux d’action, et a été repris, entre autres, par la criminologie, qui oublie le quatrième niveau.

La prévention primaire

 

En santé publique, on distingue quatre niveaux de prévention correspondant aux différentes étapes d’une maladie:

 

«La prévention primaire, c’est l’ensemble des actes destinés à diminuer l’incidence d’une maladie, donc à réduire l’apparition des nouveaux cas. En agissant en amont, cette prévention empêche l’apparition de la maladie. Elle utilise l’éducation et l’information auprès de la population» (Rapport 2002 de l'OMS).

 

En criminologie, on divise les actions préventives en trois catégories différentes se référant au moment auquel la mesure de prévention se déroule en rapport avec un délit:

 

La prévention primaire «regroupe les actions prises longtemps avant un délit, tel que le développement d’une éducation positive au sein des familles, dans les jardins d’enfants et les écoles primaires, et vise une forme de vie sans violence» (Wikipédia).

 

Nous ne sommes pas sûrs du tout que l’information pure ait une grande portée préventive. Dénoncer les dangers du radicalisme, par exemple, pourrait bien se heurter à un double écueil: d’une part, on sait bien que le risque ne fait pas fuir les adolescents mais qu’au contraire il a tendance à les attirer; d’autre part, l’expérience des sectes nous a appris qu’il existe un écart entre le danger annoncé et l’expérience vécue par le jeune pendant ce qu’il convient d’appeler la «lune de miel». Dans un premier temps, ce que vit le jeune lui semble tellement exceptionnel qu’il a tendance à entendre le discours préventif comme un mensonge pur et simple, et une preuve de plus qu’il n’existe nulle vérité en dehors du groupe radicaliste. Mais alors, que faire? L’éducation à la citoyenneté, si elle est bien donnée, semble plus adéquate que l’information pure, dans la mesure où elle est supposée développer l’esprit critique. Ce qui se joue au niveau primaire, c’est finalement moins la prévention de la radicalisation, peut-être, que celle de la polarisation.

 

Au stade actuel, PREFER asbl n’a pas ou ne s’est pas donné les moyens de développer des outils de prévention primaire. Par contre, elle s’investit, sur le pôle de la recherche, dans l’analyse du radicalisme comme symptôme d’une maladie de la démocratie. C’est pourquoi M. Maes a organisé, à partir de SOS-Sectes, des séminaires sur les grands récits fondateurs de l’Occident. C’est un lieu de réflexion sur ce qu’il pourrait convenir d’appeler, en paraphrasant Fethi Benslama, le «désespoir occidental». PREFER asbl s’occupe de rédiger les actes de ce séminaire, qui devrait être, si tout va bien, publiés aux éditions Liber.

La prévention secondaire

 

En santé publique:

 

«La prévention secondaire, c’est l’ensemble des actes destinés à diminuer la prévalence d’une maladie, donc à réduire sa durée d’évolution. Intervient dans le dépistage de toutes les maladies et comprend le début des traitements de la maladie» (Rapport 2002 de l'OMS).

 

En criminologie:

 

La prévention secondaire «regroupe les actions qui ont pour but d’empêcher des délits qui sont relativement imminents. Ces actions sont par exemple des cours d’autodéfense ou des enseignements dans les écoles qui sont effectués par les professeurs et la police» (Wikipédia).

 

La prévention secondaire arrive donc après l’événement problématique c'est-à-dire, dans le cas qui nous occupe, la conversion, et suppose un premier diagnostic et des comportements adaptés pour éviter une aggravation. Dans le cas de la radicalisation, il s’agit de repérer les premiers signes de ce que Dounia Bouzar appelle l’embrigadement relationnel, et d’agir pour empêcher le jeune d’aller jusqu’à ce qu’elle appelle l’embrigadement idéologique et l’engagement proprement dit. Cet aspect de la prévention intéresse les gardiens de la paix, les éducateurs, tous les intervenants dits «de première ligne», et pourrait – ou devrait – intéresser les parents, les enseignants, ainsi peut-être que les thérapeutes familiaux. C’est surtout à  ce niveau-là de prévention que M. Maes s’est intéressé dans le cadre de son séminaire: «Le radicalisme: comment aider les proches?».

La prévention tertiaire

 

En santé publique:

  

«La prévention tertiaire, c’est l’ensemble des actes destinés à diminuer la prévalence des incapacités chroniques ou des récidives dans la population, donc à réduire les invalidités fonctionnelles dues à la maladie. Agit en aval de la maladie afin de limiter ou de diminuer les conséquences de la maladie et d’éviter les rechutes. Dans ce stade de prévention les professionnels s’occupent de la rééducation de la personne et de sa réinsertion professionnelle et sociale» (Rapport 2002 de l'OMS).

   

En criminologie:

  

Les actions de la «prévention tertiaire» veulent éviter de délits ultérieurs après un délit qui a déjà eu lieu. Ce sont entre autres les stations de jeunes, dans lesquelles la police et le ministère public travaillent ensemble sous un même toit. Le but de cette collaboration des autorités est une réaction convenable qui s’effectue actuelle, éducative et préventive» (Wikipédia).

  

Dans le cas du radicalisme, cela concerne les jeunes déradicalisés et plus particulièrement les returnees, les «revenants». M. Maes a déjà donné un certain nombre de conférences en milieu policier et en IPPJ, et sera vraisemblablement amené à assurer des supervisions en IPPJ. Nous aimerions également arriver à nous faire entendre des magistrats ainsi qu’en milieu carcéral. Last but not least, nous sommes en train de composer un programme de formation supplémentaire s’adressant cette fois aux psychothérapeutes désireux de recevoir des familles concernées par le radicalisme et/ou des jeunes déradicalisés. Nous leur proposerons vraisemblablement huit journées complètes s’étalant sur un an.

  

Nous insistons, à ce niveau tertiaire de prévention, sur la nécessité de demander quelles bonnes raisons avait le jeune de se radicaliser, quelles bonnes questions il se posait. Soyons clair: il ne s’agit pas de positiver la radicalisation, mais de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’eau du bain est identifiée et sanctionnée, mais la question est: quel était le bébé et comment pourrait-on s’y prendre pour le faire grandir?

 

À moyen terme, nous désirons mettre en place des activités de recherche, comme Jean-Claude Maes l’a fait en son temps pour SOS-Sectes. Il y a de gros points communs entre le sectarisme et le radicalisme, mais aussi de grosses différences que nous aimerions continuer à explorer sur une base scientifique.

La prévention quaternaire

 

En santé publique:

 

«La prévention quaternaire désigne initialement l’ensemble des soins auprès de malades qui ont dépassé le stade des soins curatifs et qui se trouvent parfois aussi en phase terminale. La prévention quaternaire inclut donc l’accompagnement des personnes en fin de vie. Le terme soins palliatifs est cependant préférable et plus répandue.

 

Une autre définition, plus récente, de la prévention quaternaire la considère comme l’ensemble des actions menées pour identifier un patient ou une population à risque de surmédicalisation, le protéger d’interventions médicales invasives, et lui proposer des procédures de soins éthiquement et médicalement acceptables» (Rapport 2002 de l'OMS).

 

La prévention quaternaire, souvent oubliée en dehors du monde médical, devrait pourtant occuper une place de choix en matière de prévention du djihadisme, car la question du deuil y est tout à fait centrale. Evelyne Josse, cofondatrice de PREFER asbl, a beaucoup travaillé sur ce sujet et en a fait trois chapitres dans l’ouvrage collectif en préparation. Il s’agit premièrement du sentiment qu’ont les proches des djihadistes d’être confrontés à des morts-vivants. Il y a là un deuil particulièrement important à faire, et particulièrement urgent, car une chose est d’expliquer aux proches quelles postures ils devraient adopter pour contribuer à la déradicalisation, autre chose est d’arriver à mettre ces conseils en pratique.

 

Quand le jeune est en Syrie, ses proches vivent dans l’angoisse de l’annonce de son décès: il est vivant mais à certains égards déjà mort. Dans ce registre, il faut également évoquer les disparus, et les enfants décédés mais pour lesquels il reste un doute puisque leur corps n’a pas été rapatrié. Etc.

 

Un deuil s’avère crucial: même dans le cas apparemment idéal où le jeune se déradicalise, ses proches s’attendent à ce qu’il redevienne «comme avant». Or ce n’est jamais le cas: le jeune est marqué de façon durable. Et le deuil de ses proches, leur acceptation du changement peut faire la différence entre une rechute et une maturation.

 

Il va de soi que les jeunes eux-mêmes ont également un deuil à faire, entre désenchantement, honte et culpabilité.

 

En ce qui concerne tous les deuils, nous sommes convaincus que l’outil le plus efficace est le groupe d’entraide. Nous saluons au passage SAVE Belgium: la vidéo «Parents concernés» montre bien l’apport de ce groupe pour chacun de ses membres. Il entre dans nos projets à court terme de proposer des groupes de ce type animés par Jean-Claude Maes et Martine La garrigue, en collaboration avec SOS-Sectes asbl et avec le soutien de la Fondation Roi-Baudouin.

  

© Jean-Claude Maes, le 25 décembre 2017

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