Sorti en décembre 2018 aux éditions Couleur Livres

Argument

 

À partir du témoignage d’une mère, nous nous interrogerons sur les processus à l’œuvre dans les radicalismes musulmans et leur impact sur les familles concernées.

 

Après quoi, nous tirerons sur deux fils rouges : Evelyne Josse développera les différents aspects du deuil que doivent faire les familles, et Jean-Claude Maes se demandera quels moyens il leur reste pour essayer de dénouer l’emprise du recruteur et du groupe radicaliste sur le jeune radicalisé.

 

En réalité, ces deux aspects sont liés, car les changements que la famille est susceptible d’introduire dans le système, ne sont possibles que si certains deuils ont été faits…

 

Cet ouvrage entend apporter un éclairage clinique à un phénomène dont on parle beaucoup, qu’on analyse sous des angles très divers, mais face auquel il faut pourtant constater que les intervenants judiciaires, sociaux, éducatifs et/ou psychologiques se sentent fort démunis.

Table des matières

  

Chapitre 1. Témoignage d’une mère, par Saliha Ben Ali

  

Saliha Ben Ali est la première maman touchée par le djihad au Moyen-Orient: son fils a été tué en Syrie en 2013, à l’âge de 19 ans. Travailleuse sociale de formation, elle a fondé S.A.V.E. BELGIUM - Society Against Violent Extremism, association sans but lucratif bruxelloise qui a pour objet la lutte contre toutes formes de radicalisation violente. Jean-Claude Maes a centré son interview sur le processus de radicalisation de son fils et l'a divisée en quatre étapes: «Avant son embrigadement», «Avant son départ en Syrie», «Avant son décès» et «Avant de le rejoindre au Paradis».

  

Chapitre 2. Petite cartographie de la nébuleuse djihadiste, par Jean-Claude Maes

  

Il nous semble qu’une partie des polémiques entre spécialistes de la radicalisation provient du fait qu’il n’y a pas un radicalisme musulman mais une nébuleuse de radicalismes islamiques: l’islamisme, le djihadisme historique qui répond à ce que Fethi Benslama appelle «le désespoir musulman», un «djihadisme» avec guillemets que l’on pourrait qualifier de sectarisme à alibi musulman et qui, lui, répond à un désespoir occidental, ainsi qu’un foisonnement de micro-groupes dont la logique est plus clanique que religieuse ou politique.

  

Chapitre 3. Comment en arrive-t-on à commettre un acte terroriste? Les processus psychologiques et psychosociaux à l’œuvre, par Evelyne Josse

       

Quelles sont les conditions sous lesquelles des personnes normales deviennent capables de commettre des actes d’une violence extrême vis-à-vis d’une population civile sans défense?

  

Il serait confortable de croire que les terroristes sont des monstres. Cette hypothèse est néanmoins inopérante à expliquer pourquoi des jeunes gens se situant dans les marges de la normalité psychique, et pas uniquement quelques psychopathes isolés, se métamorphosent en bourreaux. Si la personnalité ou l’histoire individuelle peut promouvoir des vocations terroristes, ces seuls éléments sont cependant nettement insuffisants à expliquer ce phénomène. Devenir terroriste résulte, en effet, d’une association complexe d’éléments individuels, sociaux, politiques et/ou culturels qui autorisent ou promeuvent la violence et la cruauté. De tout temps, les processus de déshumanisation, de perte de sympathie, d’extinction de l’élan de compassion et de désengagement moral à l’égard d’un groupe ennemi ont fait partie intégrante des mécanismes d’endoctrinement et d’embrigadement visant à influencer les pensées et les actions d’une population à l’encontre d’une autre. Ces phénomènes intimement intriqués, couplés aux traumatismes  subis par les sujets sur le terrain du Djihad, comptent également au nombre des éléments-clé permettant de comprendre l’accomplissement d’atrocités.

  

Au terme de son endoctrinement, le terroriste n’existe plus en tant qu’individu. Il a perdu le sens de sa communauté d’appartenance d’origine et son identité personnelle. Il n’est plus qu’un robot réduit à une idéologie, insensible à la douleur d’autrui et dépourvu de morale. La destruction de ceux qui se feront exploser est alors en marche. Ils ne seront bientôt plus qu’un instrument, une arme, une bombe-humaine... C’est l’étape ultime de leur déshumanisation.

  

Chapitre 4. Approche psycho-socioculturelle du processus de radicalisation des attitudes et engagements violents, par Tim Stroobandt

  

Penser le groupe et penser l’individu dans la radicalisation nécessitent des approches différentiées mais complémentaires. Les causalités psychologiques individuelles ou même familiales sont tout aussi impuissantes que les causalités sociologiques à expliquer le processus de radicalisation, c’est la conjonction des deux approches qui semble la plus pertinente.

  

Chapitre 5. Du radicalisme comme attaque des liens, par Jean-Claude Maes

  

Le maillage des liens familiaux est perturbé en amont de la rencontre avec le recruteur et en aval de cette rencontre, au fur et à mesure du processus initiatique que ledit recruteur a mis en œuvre. Des liens déjà affaiblis sont constamment attaqués, c’est donc eux qui doivent être soignés et non les relations, si mauvaises soient-elles devenues et ceci même au-delà de leur rupture.

  

Chapitre 6. Le deuil avant la mort, par Evelyne Josse

  

Habituellement, le deuil débute à l’annonce de la mort de l’être aimé. Toutefois, certaines circonstances amènent des personnes à s’engager dans un processus de deuil avant que la mort frappe. Ainsi, lorsqu’un enfant se convertit et/ou se radicalise, un deuil s’amorce pour ses parents, celui de l’enfant qu’ils ont connu, de la personne qu’il était. Lorsqu’il part faire le Djihad, ils savent qu’il va au-devant de grands périls et anticipent son décès. On nomme pré-deuil cette préparation psychique au futur funeste. Ce pré-deuil peut se transformer en deuil blanc lorsque les relations s’altèrent ou se raréfient. Dans les cas le plus dramatiques, les parents s’engagent dans un deuil anticipé reléguant l’enfant, de son vivant, au rang de disparu.

  

Chapitre 7. La sacralisation du «tout», par Amal Toufik

   

L’islam fondamentaliste, dit-on souvent, est un terreau favorable à l’émergence du radicalisme. Selon Olivier Roy (2016), les jeunes dits «radicalisés» aspirent à défendre une idéologie basée sur une compréhension rigoriste des textes. Cependant, il est intéressant de constater que leur entrée dans cet univers cadenassé ne s’est pas faite après une longue démarche spirituelle, mais plutôt comme une révélation, le sentiment d’être un élu parmi les égarés. L’explication de ce phénomène sera développé au travers de facteurs intrinsèques (construction identitaire, fragilité affective, état émotionnel, etc.) et extrinsèques (environnement social, niveau socio-économique, niveau d’étude, structure familiale, etc.) propre à chaque individu. L’intérêt de cette étude est de comprendre ce qui pousse ces jeunes à embrasser un islam sans cœur.

  

Chapitre 8. Du radicalisme comme quête identitaire, par Jean-Claude Maes

  

Le psychanalyste Paul-Claude Racamier affirme que le clivage est contagieux. Cette hypothèse est facile à vérifier dans les situations d’embrigadement sectaire ou radicaliste, car au clivage de l’adepte répond divers clivages: individuels, interpersonnels, groupaux voire collectifs. Faute d’avoir fait leur deuil, certains protagonistes du système radicaliste adoptent un comportement qui d’une part trahit une posture de codépendance, d’autre part et surtout s’avère nourrir l’emprise radicaliste plutôt que de l’affaiblir pour finalement la dénouer.

  

Chapitre 9. Le deuil des parents des djihadistes, par Evelyne Josse

  

Les parents de Djihadistes courent un risque élevé de deuil compliqué, chronique et non reconnu. En raison des circonstances de la mort de leur enfant, ils présentent également une possibilité accrue de manifester un deuil post-traumatique. Divers éléments contribuent à compliquer le processus normal de deuil avant, autour et après le décès. Citons la qualité de la relation entretenue avec le décédé, la manière dont la mort est annoncée et les circonstances de sa survenue, l’absence de dépouille, le soutien social déficient, les tracasseries administratives et juridiques, les enquêtes policières, les procès et le déballage médiatique.

  

Chapitre 10. Returnees, un retour coûteux, par Stéphanie Parete

  

Parmi les foreign fighters, deux profils sont à mettre en évidence: d’une part, les islamistes radicaux et, d’autre part, les sujets désillusionnés par nos sociétés démocratiques. Les premiers – imprégnés de connaissances politiques et religieuses – ont pour but de préparer des actions ciblées en vue d’imposer un état dont le dogme islamique cadenasserait tous les pans de la société. Les seconds – souvent ignorants tant des aspects politiques que religieux – émargent d’une population en très grande majorité jeune, frustrée et à la recherche d’une alternative idéologique.

  

Parmi les individus partis dans les zones de conflit ou de domination islamique, certains décident de revenir dans leur pays d’origine. On les appelle «returnees». Ce terme désigne les personnes s’étant rendues dans les zones de conflits afin de prêter assistance – voire de prendre les armes aux cotés des groupes terroristes – et qui décident de revenir dans leur pays d’origine.

  

Deux catégories de returnees sont identifiables: il y a ceux qui maintiennent leur idéologie, au contraire de ceux qui adoptent une attitude de repentis. Les premiers se sont renforcés au niveau identitaire en devenant quelqu’un là-bas. Ces «gens nouveaux» sont remplis de certitudes et de sang-froid. En acquérant une légitimité dans les zones de combats, ils pensent légitime de se venger de la société qui est à l’origine de leur sentiment d’injustice. Les seconds, par contre, ont été désillusionnés en raison de ce qu’ils ont vu et/ou de ce qu’ils ont fait là-bas. Certains reviennent terrifiés, traumatisés ou anéantis. D’autres vont militer pour faire connaitre leur histoire et prendre une part active dans la prévention contre l’endoctrinement djihadiste.

  

Souvent, dans cette deuxième catégorie, le retour a été entravé par bon nombres d’embûches – qu’il s’agisse de manque de ressources financières, de confiscation des papiers d’identité, de persécution car désignés comme traître, etc.

  

Chapitre 11. S'engager dans le deuil malgré tout, par Evelyne Josse

  

Souvent, les parents n’ont pas vu le corps de leur enfant et n’ont reçu aucune preuve concrète de sa mort. De plus, ils n’ont pu prendre part aux obsèques ni offrir de sépulture à la dépouille et ignorent souvent la date exacte des funérailles, la manière dont elles se sont déroulées et le lieu précis de l’ensevelissement. La souffrance qu’éprouvent les parents à la mort de leur enfant djihadiste est irrecevable pour un grand nombre de citoyens et parfois, pour leur famille. Dépossédés socialement du droit de souffrir, ils vivent leur deuil dans la solitude, souvent presque dans la honte. Comment faire son deuil dans de telles circonstances? Se rendre au plus près du lieu du décès, improviser un dernier hommage, s’engager dans la lutte contre la radicalisation, recourir aux soins de santé mentale sont quelques-unes des pistes empruntées par les parents.

  

Chapitre 12. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, mais..., par Jean-Claude Maes

  

Le poison est aussi le remède, car le déclic de la sortie est le plus souvent provoqué par un événement interne au groupe radicaliste, qui interpelle l’adepte sur une question éthique émotionnellement très investie. La suite dépend de l’état des liens de l’adepte avec ses anciens proches: la porte de la sortie est-elle déjà fermée ou encore ouverte?

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