L'inceste

   

Les problématiques mettant en scène une dérive de l’emprise au sein de la famille sont diverses, mais la plus représentative est sans doute l’inceste, dont il faut d’abord préciser que c’est un triple crime : contre le corps, contre l’enfance et contre la famille.

  

Un crime contre le corps

 

On parle, en justice, de crime sexuel avec circonstances aggravantes. Il faut savoir, à cet égard, deux choses : d’une part que du point de vue légal, toute pénétration du corps de l’autre sans son consentement, quelle que soit la partie du corps qui est pénétrée (vagin, anus, bouche) et quelle que soit la nature de la pénétration (pénis, doigts, objet), est considérée comme un viol, et d’autre part que quand la victime est mineure d’âge, elle est par définition non consentante.

 

D’autres crimes sexuels tels que les attouchements ou l’exhibitionnisme peuvent sembler moins «graves», mais sont également des effractions de l’intime, et leur impact sur le corps dépend plus de la façon dont elles sont vécues que de leur violence objective.

Quoi qu’il en soit, le fait qu’une violence ait lieu au sein de la famille est aggravant, ne serait-ce qu’en termes de séquelles objectives, mais le crime incestueux ne se résume pas à des circonstances. En termes de traumatisme, par exemple, le souvenir du crime sexuel peut être extrêmement envahissant, mais le plus lourd, comme nous le verrons plus loin, se joue au présent.

 

Un crime contre l’enfance

 

L’adulte qui a des relations sexuelles avec un enfant l’entraîne hors de l’enfance, la lui vole, et il ne la retrouvera jamais. Cette dimension se joue au niveau sexuel mais aussi et à dire vrai surtout au niveau affectif, comme en témoignent des concepts tels que ceux d’incestuel ou de triangle pervers: l’enfant n’est plus dans sa génération, bénéficie d’une forme de «promotion» dont il se serait bien passé mais qui en même temps, parfois, le flatte.

  

Paul-Claude Racamier, par exemple, qui a créé le concept d’incestuel, évoque certaines mères qui mettent leur enfant sur un piédestal tout en disqualifiant leur conjoint (Racamier, 1995).

 

Jay Haley qualifie de pervers les triangles père-mère-enfant dans lesquelles s’installe une inversion de places et de fonctions (Haley, 1981). Il est clair que l’enfant n’a pas à remplir une fonction sexuelle vis-à-vis d’un de ses parents, mais ce n’est jamais la seule fonction «déplacée» que remplisse l’enfant incesté. Ainsi telle adolescente dont les parents étaient séparés et qui, quand elle était chez son père (une semaine sur deux), s’occupait du ménage et de la cuisine pour son père et ses frères et sœurs, bref assumait toutes les tâches que n’assumait plus sa mère et a fini par assumer, en plus du reste, un «devoir conjugal».

 

Crime contre la famille

 

Les liens familiaux sont très profondément perturbés, ceci de façon très durable. Une métaphore proposée par Pierre Benghozi (1995) en donne une image très juste: nos liens se nouent les uns avec les autres et constituent un maillage auquel l’inceste imprime une longue et large déchirure; à partir de là, tous les membres de la famille, à commencer par la victime, s’arrangeront pour tenir les bords de la déchirure, de la plaie, l’un contre l’autre, à grands renforts de faux-semblant, de «comme si».

 

Très concrètement, l’enfant garde le secret et ce faisant se rend complice de ce dont il est victime. Le jour où il (ou elle) sortira du secret, on lui reprochera: «Pourquoi n’en as-tu pas parlé plus tôt?»; «Ne pouvais-tu continuer à te taire?»; «Tu détruis la famille!»; etc. Il va sans dire qu’il (ou elle) ne détruit rien du tout, ne fait que dénoncer une destruction ancienne dont l’incesteur est le seul responsable. Néanmoins, on observe généralement un clivage de la famille entre ceux qui croient la victime et ceux qui ne veulent pas y croire et prennent le parti de l’incesteur. Dans les cas les plus tragiques, la victime se retrouve toute seule.

 

On peut véritablement parler de polarisation, sans abus de langage, au sens où il y a de moins en moins d’indécis, où il est demandé à chacun de se positionner de façon radicale. La famille s’installe dans une logique d’inclusion/exclusion, triant les protagonistes en «mêmes» et en «étrangers». Dans le meilleur des cas, la victime est entourée d’un nombre suffisant de «sympathisants» pour que quelque chose puisse se refonder à partir d’une partie de la famille restée «saine». Cela suppose que cette partie de la famille soit vraiment «saine», c’est-à-dire ne cultive pas la haine de la «partie adverse» et surtout ne se laisse pas enfermer dans la logique d’inclusion/exclusion imposée par la famille d’origine mais, pour le dire en une formule, réalise que les autres «sympathisants» de la victime ne sont pas des «mêmes» mais des «semblables».

 

© Jean-Claude Maes, le 21 octobre 2019

  

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