Radicalisations politiques

   

Une façon de réfléchir aux radicalisations politiques consiste à partir des définitions que propose le philosophe Alain Badiou pour différencier extrême gauche, gauche, droite et extrême-droite.

La gauche reprend les partis progressistes et la droite les partis conservateurs. Notons que ce positionnement peut évoluer. Par exemple, les partis libéraux, au moment de leur création, étaient à gauche. Ils sont passés à droite parallèlement à l’invention du socialisme. Et actuellement, les partis socialistes peuvent, aux yeux de certains, paraître plus conservateurs que progressistes… Ils sont en tout cas rentrés dans la catégorie des « partis traditionnels ».

  

Les extrémismes

 

L’extrême-gauche, d’après Alain Badiou, est par définition révolutionnaire, car même si une majorité de la population est lasse du pouvoir en place, le changement fait peur. Il n’existerait jamais plus qu’une minorité qui soit suffisamment désespérée et/ou décidée pour oser le changement. Du coup, c’est une minorité plus réduite encore qui serait obligée, pour obtenir ce changement, de recourir à la violence. Qu’on pense à la Révolution française et à sa « Terreur », à la Révolution russe et à ses propres « Terreurs », « Terreur rouge » versus « Terreur blanche », ou encore, plus près du terrorisme, aux Brigades Rouges (en Italie), à l’ETA (en Espagne et en France), aux CCC (en Belgique), etc. Sans aller aussi loin, si on évoque des mouvements spontanés du type de l’émeute, comme ce fut le cas pour le Printemps arabe, plusieurs groupuscules peuvent arriver à mobiliser des foules sur le court terme, mais cela ne peut durer éternellement.

  

L’extrême-droite, sans surprise, se caractérise par le repli identitaire. À certains égards, la droite se caractérise par une façon de faire (conservatrice), l’extrême-droite par une façon d’être exigeant de désirer les mêmes choses, de partager une même vision du monde, de se sentir identiques à l’intérieur du groupe de référence, et par le fait d’identifier un ennemi considéré comme radicalement différent, irrémédiablement incompatible. C’est, par exemple, la France aux Français. Mais qu’est-ce qu’un Français ? Depuis combien de générations une famille doit-elle habiter en France sans jamais se mélanger aux immigrés pour être « purement » française ? Et si l’on se réfère, par ailleurs, aux observations de Theodor W. Adorno, on s’étonnera de l’aspect lacunaire du projet politique des groupes d’extrême-droite.

  

Les quatre causes d’Aristote

 

Aristote différencie quatre catégories de causes : matérielles, formelles, motrices et finales. Une façon de ne pas confondre les causes matérielles et les causes formelles, c’est de considérer les premières comme impossibles à supprimer, là où la suppression des deuxièmes entraîne la disparition de ses effets.

Les groupes d’extrême-droite semblent ignorer l’existence des causes matérielles, et se persuader que s’ils éliminent l’ennemi (en le réduisant à l’impuissance, en l’exilant, en le tuant), les problèmes disparaîtront d’eux-mêmes.

  

À certains égards, les groupes d’extrême-gauche se campent sur l’excès inverse en s’attaquant aux causes matérielles, avec l’ambition de les changer plutôt que d’essayer de s’y adapter : tel est bien l’esprit de la Révolution, et il faut reconnaître que, parfois, cela fonctionne ; dans ce cas, les changements mettent plus de temps à s’installer que les révolutionnaires ne l’espéraient, et peuvent prendre des directions inattendues, mais ils sont effectifs et marquent l’histoire avec un grand H.

   

Les quatre dérives du collectif

 

Les quatre catégories de dérives du collectif dont nous nous servons pour cartographier les djihadismes s’avèrent poreuses. En principe, les groupes d’extrême-droite appartiennent aux communautés en repli identitaire et les groupes d’extrême-gauche aux marges en inflation identitaire, mais en pratique, les contre-exemples ne manquent pas.

 

C’est ainsi qu’il existe toujours, d’après Theodor W. Adorno, des partis d’extrême-droite, mais que suivant le contexte, ils appartiendront à la marge ou représenteront un courant important voire majoritaire au sein de leur communauté. Si cette communauté est une démocratie, c’est un vrai paradoxe, celui où un groupe anti-démocratique accède au pouvoir par une voie démocratique.

 

La Révolution française est un exemple flagrant de la tendance inverse, dans la mesure où après une période de Terreur marquée par une véritable guerre entre différentes marges en inflation identitaire, l’esprit de la Révolution a été porté dans toute l’Europe par les armées d’un empereur, Napoléon Ier. Si l’on nourrissait le moindre doute sur l’adhésion d’une majorité de Français à cet empire, il suffirait d’invoquer l’histoire de l’Aiglon ou celle de Napoléon III, démontrant, chez les Français de l’époque, une vraie nostalgie de l’Empire et, en amont de ce dernier, de la monarchie telle que la concevaient Louis XV ou Louis XVI.

  

Extrémismes et terrorisme

 

Si les exemples de radicalisme politique ne manquent pas, ceux de terrorisme des deux bords sont également très nombreux. À gauche, un exemple célèbre est celui des Brigades Rouges en Italie, un autre celui de l'ETA en Pays Basque, mais plus près de nous dans l’espace et dans le temps, il faut se souvenir des CCC, et relever que les polices bruxelloises continuent de s’inquiéter des activités d’autres groupes d’extrême-gauche.

 

À droite, aucun groupe n’est aussi célèbre, mais la liste des attentats commis par des groupuscules néo-nazis commis en France est fort longue. Il faut, par ailleurs, évoquer ce personnage fortement médiatisé que fut Anders Behring Breivik en Norvège.

  

La dimension d’embrigadement est probablement moins étudiée en ce qui concerne le radicalisme politique que le radicalisme religieux, mais elle existe, ne serait-ce que localement. Je pense, par exemple, à un jeune homme extrêmement raciste qui avait réussi à réunir autour de lui quelques camarades de classe pour les entraîner, dans son jardin, à « casser de l’arabe » avec des battes de Baseball. Dans les exemples historiques de ce style, le plus célèbre est peut-être le Ku Klux Klan.

  

© Jean-Claude Maes, le samedi 28 mars 2020

   

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