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Lundi 7 et mardi 8 novembre 2022

Colloque

POURQUOI LA GUERRE ?

Avec la participation de Pierre Benghozi, de Sébastien Chonavey

de François Dingremontde Dany-Robert Dufour, de Pierre Hazan, d'Ursula Kodjoe, d'Ali Laïdi, de Jean-Claude Maes, d'Anne Morelli

de Muriel Meynckens-Fourez, de Robert Neuburger, d'Elvira Passaro, et d'une troupe théâtrale interprétant une œuvre de Myriam Schneider

Peter Paul Rubens 1630 Achille vainqueur d'Hector.jpg

«Pourquoi la guerre?», telle est la question que se pose Einstein en 1932, et qu’il partage avec Freud à la demande de la Commission internationale de coopération intellectuelle. Ce qui aurait pu être un long échange épistolaire se limitera finalement à deux lettres publiées en 1933. Le 10 mai 1933, les nazis organisent des autodafés de livres incluant l’opuscule composé de ces deux lettres. Ce qui ne l’a pas empêché d’être fréquemment réédité, dans un grand nombre de traductions, dont cinq au moins en français.

 

Einstein se demande s’il y a «un moyen de délivrer l’humanité de la menace de la guerre», postule «une pulsion de haine chez les hommes» et met ses espoirs dans le droit. Freud répond que dans la mesure où le droit est «la force d’une communauté», il ne peut lui-même «s’exercer sans violence». Il évoque, en miroir d’Einstein, une «pulsion de mort» pouvant impliquer que «l’être vivant préserve pour ainsi dire sa propre vie en détruisant celle d’autrui». Au total, il avoue une relative impuissance. Pour lui, «tout ce qui promeut le développement culturel œuvre du même coup contre la guerre».

 

Nonante ans plus tard, nous nous reposerons la même question qu’Einstein et Freud, telle qu’elle se déploie dans la communauté internationale, dans les institutions, dans les familles, dans les couples, pour tout un chacun, ceci en nous appuyant sur des disciplines aussi variées que la philosophie, l’anthropologie, les thérapies familiales systémiques et psychanalytiques, les sciences politiques, l'histoire, la linguistique, les médiations familiales et internationales. Nous en appellerons même au théâtre. Notre propos s’adresse donc à un large public investi dans la prévention des violences.

Peter Paul Rubens 1630 La mort d'Achille 300 rec.jpg

Ce colloque prolonge un fil rouge que Jean-Claude Maes a commencé à tirer en 1999 avec les «colloques belges d’aide aux victimes de sectes». Les quatre premiers exploraient le thème de l’emprise sectaire, les quatre suivants élargissaient ce thème aux dérives de l’emprise au sens plus large. À partir de 2015, un élargissement supplémentaire a voulu intégrer le paradigme narratif à ces journées que nous concevons comme une plateforme de réflexion. En 2015: «Que reste-t-il de nos Œdipes?», journée qui tournait autour de la pensée de Dany-Robert Dufour que nous retrouvons le 7 novembre. En 2016: «La narrativité en psychothérapie», deux journées pendant lesquelles nous avons accueilli, entre autres, Pierre Benghozi, qui est également des nôtres le 7 novembre. En 2019: «Le croire: opinions, croyances, convictions, savoirs», journée à laquelle participait déjà Robert Neuburger. En 2022, deux journées à nouveau, sur le thème: «Pourquoi la guerre?».

 

Ce thème est en projet depuis longtemps, au moins 2008, et nous a été inspiré par une phrase d’Héraclite: «Le Polemos (combat, conflit ou guerre suivant les traductions) est le père de toutes choses, le roi de toutes choses». C’est une vérité première qui n’est pas obligatoirement problématique: nous nous demanderons quelles façons de raconter le Polemos peuvent déboucher sur une résolution ou en tout cas un statu quo? Voire même, sont susceptibles de présider à une vie meilleure, plus heureuse? Nous ferons un gros effort de définition: pulsion de mort versus pulsion de vie, pléonexie (ou désir d'avoir plus que les autres en toute chose) versus honneur, frontière versus limite, clivage versus lien, radicalisation versus polarisation, guerre versus conflit, violence versus agression, symétrie versus complémentarité, masculin versus féminin, différence des sexes versus différence des générations, etc.

Direction scientifique: Jean-Claude Maes

Modération: Richard Hallez

Lieu Centre Belge de la Bande Dessinée, rue des Sables 20 à 1000 Bruxelles Auditorium Bob de Moor (Accès au CBBD).

 

PAF : 150 euros, sauf pour les étudiant·es

et les personnes sans emploi : 75 euros
Est inclus dans la PAF le repas du midi et les pauses café pour les deux jours, ainsi que l’accès aux collections du CBBD le lundi et le mardi de 10h à 18h
 

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Programme

      

Lundi 7 novembre 2022 de 8h00 à 17h30

   

8h00 Accueil (en chanson)

   

  

   

8h30 Première plénière: au vif du sujet

   

>>> Introduction

Jean-Claude Maes, psychologue, psychothérapeute, docteur en sciences de l’information et de la communication (SIC), président de PREFER asbl

  

>>> La guerre. Pourquoi? Comment?

Dany-Robert Dufour, philosophe, professeur honoraire des universités, travaille à la jonction de la philosophie politique, des sciences du langage et de la psychanalyse. Il analyse notamment les effets de l'économie néolibérale marchande sur les autres grandes économies humaines: politique, discursive, symbolique et psychique. Auteur de 25 essais dont «Le Divin marché» (2007), «La Cité perverse» (2012), «Baise ton prochain. Une histoire souterraine du capitalisme» (2019), etc.

Autres informations biographiques et bibliographiques sur son site

Argument: On tentera d'articuler le diptyque de Freud, Éros / Thanatos (ou «pulsion de vie» «pulsion de mort») et le diptyque de Mauss, «échange symbolique» «échange diabolique» (ou «donner-recevoir-rendre» / «prendre-refuser-garder»). Deux états de la pulsion, deux liens, aussi inextricablement mêlés que le sont la paix et la guerre.

 

>>> Débat

  

>>> Suite du débat autour d'un café (en chanson)

   

  

    

10h45 Deuxième plénière: aux origines

   

>>> Polemos, principe mythique pour penser un idéal de cohésion et d'unité

François Dingremont, docteur en anthropologie (Paris), auteur de «L’Odyssée des plaisirs».

Son CV sur le site de l'EHESS

Argument: Le sens archaïque de Polemos est tremblement, agitation voire entremêlement. Son emploi est fréquent dans les cosmogonies, où l’univers naît suite à un tremblement. Dans les épopées homériques, les armées s’entremêlent, les armes s’agitent et les cordes de l’archer tremblent. Par un procédé d’abstraction Polemos en est venu à signifier guerre. Mais pas n’importe quelle guerre: celle qu’un groupe, qui s’imagine uni,  livre à un ennemi extérieur. On éclairera le sens de Polemos en observant ce qui le lie, dans ce contexte, au Logos (non pas la Raison des Philosophes, mais toute opération, notamment discursive, de mise en relation, d’articulation de choses différentes). Polemos est en effet pour les Grecs un domaine fécond pour que le Logos en tant que discours unifiant, soudant, créant de la cohésion (ex. L’oraison funèbre de Périclès à E. Macron) joue idéalement son rôle. Le verbe des oraisons funèbres transcende, sublime les individualités et nous fait oublier, le temps de son énonciation, les dissensions internes. Il transforme les peines individuelles en gloire collective. Néanmoins Polemos, subrepticement et inversement comme souvent en Grèce ancienne, est également le terreau des aloga, des expressions qui résistent à la puissance unificatrice du Logos (ex. les blessures ineffaçables des guerriers et les pleurs inconsolables des héros et des femmes).

    

>>> Limites et frontières

Robert Neuburger, psychiatre et psychothérapeute (Genève), auteur d’ouvrages de référence en thérapie familiale systémique, tels que «L'autre demande» (1984), «Le mythe familial» (1995), «Les rituels familiaux» (2005), «Exister» (2012), «Thérapie de couple. Manuel pratique» (2019), etc.

Autres informations biographiques et bibliographiques sur son site

Argument: Il y a des murs qui séparent, divisent, enferment. Il y a des murs qui protègent, encadrent, soutiennent. Tous les murs ne sont pas des frontières. Certains sont des contenants, on peut aussi les appeler des cadres ou des limites.

   

>>> Débat

     

>>> Suite du débat autour d'un déjeuner (en chanson)

    

  

   

13h30 Troisième plénière: pourquoi?

  

>>> La guerre économique: une emprise mondiale

Ali Laïdi, journaliste chroniqueur sur France 24, docteur en sciences politiques et chercheur au CR 451 (Paris), auteur entre autres d’ouvrages de référence sur la guerre économique, tels que «Retour de flamme. Comment la mondialisation a accouché du terrorisme» (2006), «Aux sources de la guerre économique. Fondements historiques et philosophiques» (2012), «Le droit, nouvelle arme de guerre économique» (2019), etc.

Sa biographie sur le site de l'EPGE, ses chroniques sur France 24, et autres podcasts sur Radio France

Argument: Pourquoi la violence économique est-elle absente des sciences humaines? Parce qu’elle n’a jamais été pensée en tant que concept opérant et que l’on considère que la politique a le monopole de la violence. Ce qui est faux. La guerre économique est présente depuis le début des temps. Ce qui signifie qu’elle n’est pas l’enfant du néolibéralisme. Ses racines sont plus profondes. Depuis toujours, les guerriers économiques nourrissent le rêve de formater le monde à leur image, de standardiser les sociétés au nom de l’efficience économique. Cette emprise économique est une menace pour la diversité sociale et culturelle de notre monde.

  

>>> La guerre n’est pas le conflit

Pierre Benghozi, pédopsychiatre, psychanalyste (Hyères, France), président de l’Institut de Recherche en Psychanalyse du Couple et de la Famille, et chaire Unesco de Santé sexuelle et Droits Humains. Il a publié un grand nombre d'articles et codirigé plusieurs ouvrages de référence en thérapie familiale psychanalytique: «Adolescence et sexualité. Liens et maillage-réseau» (1999), «Adolescence (l') identité chrysalide» (1999, «L'inceste: scènes de famille» (2020), «Amour et Psyché, passion du lien» (2021).

Une partie de ses nombreux articles sur cairn.info

Argument: Les liens de filiation et d'affiliation se nouent en un maillage qui enveloppe les individus, les couples, les familles, les institutions, les nations. Les attaques humiliantes contre ces liens font effraction de la contenance. Ils entraînent un démaillage catastrophique qui se transmet de génération en génération.

  

>>> Débat

  

>>> Suite du débat autour d'un café (en chanson)

   

  

   

15h45 Quatrième plénière: comment?

   

>>> Les principes classiques de la propagande de guerre sont-ils applicables aux conflits récents avec la Russie et la Chine?

Anne Morelli, professeure de l'Université libre de Bruxelles et historienne belge spécialisée dans l'histoire des religions et des minorités. Elle a publié, entre autres, «Principes élémentaires de propagande de guerre. Utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède» (2001), petit livre qui a été traduit en sept langues, dont le japonais, et va connaître prochainement une réédition en français, revue et augmentée.

Autres informations biographiques et bibliographiques sur Wikipédia

Argument: On pense souvent que la propagande est le fait des régimes dictatoriaux du passé mais les principes qui ont été expérimentés pendant les guerres du XXème siècle s'avèrent aussi efficaces à notre époque car ils s'appuient, pour construire un ennemi, sur des réflexes psychologiques basiques.

 

>>> Préparer la Paix, décrire la Guerre

Sébastien Chonavey, agrégé en langues et lettres françaises et romanes et officier de réserve pour la composante Marine de la Défense (Bruxelles), et Elvira Passaro, doctorante en Médecine clinique et expérimentale et en Medical humanities à l'Université d'Insubria (Varese, Italie), tous deux rattachés au Groupe de recherche rhétorique et en argumentation linguistique (GRAL) de l’ULB.

Argument: L'accumulation des arguments en faveur de la paix peut-il nuire à l'objectif recherché? Un regard rhétorique sur les déclarations universelles de paix modernes et contemporaines. 

   

>>> Débat

  

>>> Fin de journée (en chanson)

    

  

   

Mardi 8 novembre 2022 de 8h30 à 17h30

    

8h30 Accueil (en chanson)

  

   

   

9h00 Cinquième plénière: la guerre dans le couple

   

>>> Les amours tragiques d’Echo et Narcisse

Jean-Claude Maes, psychologue, psychothérapeute, docteur en sciences de l’information et de la communication (Bruxelles), auteur d’ouvrages de référence sur l’emprise, tels que «Emprise et manipulation. Peut-on guérir des sectes?» (2010), «Liens qui lient, liens qui tuent. L'emprise et ses dérives», «D'amour en esclavage. Ces relations qui font du mal» (2014), «L'inceste. Peut-on s'en remettre?» (2017), etc. Il a également dirigé un certain nombre d'ouvrages collectifs, dont trois sur les grands récits occidentaux et «Sous le signe du clivage» (2015).

Une bibliographie plus complète sur notre site

Argument: Le mythe d’Echo et Narcisse (Ovide) illustre de façon remarquable la clinique du clivage, dont il sera question au niveau individuel, interpersonnel, groupal et collectif. Si la désinformation et la propagande sont le fruit du clivage et nécessite une ignorance de l’autre, il est étonnant d’observer que la stratégie ramène à cet autre, voire, aux termes de «L’art de la guerre» (Sun Tsu), nécessite d’aimer son ennemi. 

   

>>> Les masques du pervers narcissique

Pièce de théâtre écrite par Myriam Schneider, psychothérapeute et présidente d’Halt’HaMo64 (Pau, France), à partir de témoignages de victimes d’emprise, jouée par huit bénévoles d'Halt’HaMo64: Marie-Line Ranguetat, Julia Minot, Rémi About, Daniel Audouar, Florence Hegoburu, Frédérique Hardy, Julien Leplat et Elodie Dubergé.

Argument et presse concernant cette pièce sur le site d'Halt'HaMo64 

   

>>> Débat

   

>>> Suite du débat autour d'un déjeuner (en chanson)

   

   

   

13h30 Sixième plénière: l'espoir

   

>>> Comment trouver la paix en famille?

Ursula Kodjoe, psychologue, thérapeute familiale, médiatrice (Emmendingen, Allemagne), consultante auprès des ministères français, allemand et américain de la justice pour le règlement de conflits mettant en jeu des enfants.

Une présentation quadrilingue d'Ursula Kodjoe sur son site

Argument: Contrairement à l’espoir ou même la conviction de chaque partie déclenchant une procédure en justice, il n`y a jamais de gagnant – il n`y a que des perdants, à commencer par les enfants. Quel «gagnant-gagnant» pourrait-il arrêter cette catastrophe

  

>>> «Éloge du conflit et du plaisir» dans les équipes du secteur psycho-médico-social

Muriel Meynckens-Fourez est pédopsychiatre, psychothérapeute familiale, formatrice en systémique, et superviseuse d'équipes au CFSI (Centre de formation et de supervision en institution au sein du Centre Chapelle-aux-Champs-UCLouvain, qu’elle a créé en 1985 et dirigé jusque fin 2020). Elle a codirigé, entre autres, plusieurs ouvrages de référence sur la pratique de la supervision d'équipe: «Qu'est-ce qui fait autorité dans les institutions médico-sociales?» (2007), «Éduquer et soigner en équipe. Manuel de pratiques institutionnelles» (2017), et «La supervision en institution et analyse de pratiques. Éloge du conflit et du plaisir» (2019).

Une biographie plus complète et quelques podcasts sur yapaka.be

Argument: Sur la scène institutionnelle, se croisent différentes sphères: clinique, institutionnelle, relationnelle, sociétale, personnelle, etc. Tout peut vite basculer. Comment dès lors, dans le travail en équipe, dépasser les conflits voire y trouver du plaisir?

   

>>> Débat

   

>>> Suite du débat autour d'un café (en chanson)

  

   

  

15h30 Septième plénière: et la paix?

   

>>> Négocier avec le diable, la médiation dans les conflits armés

Pierre Hazan, conseiller senior au Centre pour le dialogue humanitaire (Genève), auteur d’ouvrages de référence sur la médiation internationale, tels que «La justice face à la guerre. De Nuremberg à La Haye» (2000), «Juger la guerre, juger l'Histoire. Du bon usage des commissions Vérité et de la justice internationale» (2007), «La Paix contre la Justice? Comment reconstruire un Etat avec des criminels de guerre» (2010), «Négocier avec le diable. La médiation dans les conflits armés» (2022), etc. Sur son dernier livre : 

https://www.editionstextuel.com/livre/negocier_avec_le_diable

Pierre Hazan tient un site très nourri en articles, podcasts, etc.

Dans l'actualité : https://www.youtube.com/watch?v=sRw6MOzbM-c

Argument: à venir

   

>>> Comment sortir de la victimisation?

Jean-Claude Maes, psychologue, psychothérapeute, docteur en sciences de l’information et de la communication (Bruxelles), auteur d’ouvrages de référence sur l’emprise.

Sa bibliographie sur notre site

Argument: Les dérives de l’emprise passent par une culpabilisation de l’autre, délire victimaire de l’agresseur versus sentiment coupable de sa victime. Dans ces conditions, comment la victime peut-elle obtenir une réparation ou, à défaut, trouver une résilience?

   

>>> Débat

    

>>> Fin de colloque (en chanson) 

  

  

  

Mercredi 9 novembre 2022 de 9h à 16h30

Approche du maillage, démaillage et remaillage des liens et supervisions de situations cliniques

   

Une journée d'étude animée par Pierre Benghozi, pédopsychiatre et psychanalyste des liens (Hyères, France), dans le prolongement de notre colloque: «Pourquoi la guerre?».

  

Gratuite, ouverte aux participants aux formations qualifiantes 2020, 2021 et 2022, ainsi qu'aux partenaires récurrents de PREFER asbl.

  

© PREFER asbl, le 21 août 2022